Il y a quelques années, grognant une fois de plus que je ne savais seulement faire des spectacles, ma compagne — éclairagiste/boulangère — m’insuffla l’idée de fabriquer des couteaux plutôt que d’en acheter dès que j’en voyais. J’étais sceptique sur mes capacités mais le défi me plu immédiatement.
J’avais à peine commencé à apprendre les techniques de coutellerie que, lors du déménagement de mes parents, mon père me confia être embarrassé par un gros volume de bois. Il s’agissait d’un arbre complet, un cerisier, planté par son père que je n’ai jamais connu, coupé par lui et mon oncle et débité par mon grand-père maternel qui travaillait dans une scierie. Il séchait là depuis plus de 30 ans. Je le récupérais en entier et me promis d’utiliser tout ce bois pour le manche de mes couteaux; que ce bois continue de voyager à travers les frontières et les générations.
J’avais envie d’un couteau entièrement réalisé à la main, tout en ayant un prix abordable. Je voulais que mes amis puissent en avoir chez eux.
Je décidais donc de faire surtout des couteaux de tables avec des manches en cerisier de la famille, pas de modèles pliants ni de bois rares.
Je commençais à produire mais, m’en servant quotidiennement, je remarquais que lorsqu’ on l’avait en main, on avait tendance à le prendre à l’envers, tranchant vers le haut. Un soir, je découvris sur la table du salon un dessin. Mon fils, alors âgé de 13 ans avait imaginé un couteau inspiré de son jeu préféré « Minecraft ». Le manche ressemblait à une brique et la lame à celle que je faisais sauf que, au lieu d’être deux courbes symétriques, un côté était composé de deux droites. Ayant réalisé ce modèle pour lui, tel qu’il l’avait dessiné, je compris que cette forme de lame était celle que je cherchais, qu’on comprenait quel côté était tranchant.
Les mois passaient, les modèles commençaient à me plaire, j’apprenais le guillochage.
J’avais en tête un nom « Blades By B. »: mon fils avait une collection impressionnante de toupies B-blade et « B » c’était mon surnom, Bergast.
Il me fallait un logo. Mon frère, infographiste, avait dessiné quelques années auparavant un logo pour l’association avec laquelle j’ai œuvré durant des années. Je lui demandais de travailler là dessus. Mes lames avaient désormais leur marque.
Puis vint le moment de communiquer. Le cadeau de Noël de celui qui avait créé le logo fut cette année là, pour moi, un site internet présentant La Coutellerie Laval et ma marque « Blades By B. ».
L’histoire vraie que je viens de vous conter, c’est l’histoire de la naissance de la « Coutellerie Laval », le nom de famille de tous ceux qui ont participé à cette aventure qui ne fait que commencer…
